La Smart-Food réel progrès ou poudre aux yeux ?

Les repas déshydratés ou autres barres alimentaires qui nous promettent un déjeuner rapide et sain connaissent une forte croissance en France.

Si ces produits suscitent de nombreux doutes quant à leur intérêt d’un point de vue nutritionnel, ils sont aussi les révélateurs d’un profond changement sociétal...

Un concept made in USA

Venue tout droit des Etats-Unis, la « smart-food » répond à l’accélération du temps dans nos sociétés modernes.

A l’origine de cette création, il y a une bande de geeks, adeptes du repas devant le bureau, qui souhaitaient ne plus perdre de temps à déjeuner.

Après de multiples essais, plus ou mois hasardeux, ils ont mis au point des repas à boire, qui prennent la consistance d’une poudre, présentée dans des bouteilles transparentes.

Après avoir dilué cette mixture dans de l’eau, il n’y a plus qu’à l’ingurgiter pour bénéficier d’un repas « complet », « équilibré » et « riche en nutriments ».

La première marque à commercialiser ce genre de produit s’appelle « Soylent ».
Ce nom est tiré d’un célèbre film de science-fiction (Soleil Vert en VF), dans lequel les habitants de la planète sont contraints de manger des produits de synthèse, à défaut d’aliments naturels.

En France, l’entreprise leader sur ce marché s’appelle Feed : une jeune société dont l’ambition est de « fournir une façon de manger pragmatique ».

Un business en pleine croissance

D’après une étude du cabinet Euromonitor, le marché devrait atteindre près de 9 milliards de dollars à l’international d’ici à 2020. Le potentiel du marché français reste difficile à estimer, mais le secteur est en développement constant.

La startup Feed à récemment levé 15 millions d’euros et a signé un partenariat avec le célèbre chef Thierry Marx, pour tenter d’associer la marque à l’idéal français de la cuisine. En effet, difficile de convaincre le pays de la gastronomie du bienfait de tels repas.

Les sociétés spécialisées dans la « smart-food » tentent de diversifier leurs offres : des goûts variés, des produits pour maigrir ou gagner de la masse musculaire, des repas vendus directement sous forme de liquide...
Les gens pressés, les sportifs et les geeks sont le cœur de cible de ces fabricants de repas en poudre.

Le prix d’une bouteille-repas tourne aux alentours de 3 € pour 400 à 650 kilocalories.

Une vision de l’alimentation simplifiée

Ces entreprises adoptent une vision purement réductionniste de l’alimentation.

Si la campagne marketing de Feed promeut une nourriture saine et équilibrée, la réalité est bien différente, car manger ne se résume pas à une simple addition de nutriments, vitamines et oligo-éléments.

Entre l’absence de mastication et l’absorption de produits ultras transformés qui bouleversent le processus de digestion, les repas en poudre suscitent le doute chez les spécialistes de santé publique.
D’ailleurs, le Haut Conseil de la Santé publique précise qu’il convient : « d’interrompre la croissance de la consommation des produits ultra-transformés et réduire la consommation de ces produits de 20% sur la période entre 2018 et 2021. ».

Si l’impact de ces produits sur la santé n’a fait l’objet d’aucune étude poussée, qui conclurait à la dangerosité ou non de ce type d’alimentation, cette dernière provoque une perturbation certaine de la conception même de ce qu’est manger en tant qu’acte social.

En effet, les bouteilles-repas n’ont pour seul but que de nous nourrir, parce que cela est nécessaire à la régénération de notre force de travail.

Tout s’accélère et le « temps mort » d’un repas, qui procure du plaisir doit être remplacé, au profit d’autres activités plus rentables.

Dans ce monde où tout va de plus en plus vite, le corps humain est méprisé et pensé comme une machine qu’il convient de ravitailler pour pouvoir continuer cette course à la productivité.

Les émotions provoquées par un bon plat, la joie d’un repas partagé, l’impatience d’une dégustation... Autant de choses que l’on aime tant et que le Startup Nation, au nom du progrès et d’une extrême rationalisation, considère comme dépassées.

Si seulement ces « inventeurs de génie » pouvaient innover en se posant les bonnes questions et en n’oubliant pas les humains qu’ils sont...

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